04/02/10

Comme ailleurs, la triste équation de la déforestation...

Il est dit dans certains livres qu'à l'aube de son indépendance, en 1961, la Sierra Leone disposait encore de quelque 40% de son patrimoine forestier. Aujourd'hui, celui-ci s'accrocherait aux quelques 4 petits pourcents restants. Les deux photos ci-jointes confirment en tout cas que le processus suit son cours.
La première photo, prise "sur le vif", présente un homme transportant un planche tout juste extraite d'un arbre fraichement abattu. Nous aurions pu en prendre une dizaine comme celle-là, tout au long de notre périple.
En l'occurrence, le 1er cliché a été pris le 7 janvier 2010 en plein cœur des forêts officiellement protégées de Kambui Hills (voir sa situation sur notre carte), sur le sentier même qui mène, quelques centaines de mètres plus loin (!), à une belle colonie de Picathartes de Guinée (Picathartes gymnocephalus).
La seconde photo précise le tir, mettant en perspective l'équation survie impossible dans laquelle se trouve mise la population locale sierra leonaise; l'arbre photographié, fraichement abattu du matin dans le périmètre officiellement protégé du "Mamunta Mayosso Wildlife Sancuary" (voir sa situation sur notre carte) est débité en sept planches: c'est la quantité moyenne de planches obtenues par arbres de ce type.
Sachant que la valeur marchande actuelle de chaque planche est d'environ 7000 leones (soit environs 1,75$ /pièce) et que le salaire moyen du commun du sierra léonais se situe dans les 2 à 300.000 leones par mois, soit moins de 80 dollars ou 60 euros) un tel arbre, qui a mis une trentaine d'année à acquérir sa taille et qui est tronçonné en moins d'une heure, offre à son bûcheron de circonstance pas loin d'un quart de son salaire mensuel.
Les standards surréalistes des prix à la consommation en cours en Sierra Leone complètent le tableau: le sac de riz se négocie à plus de 100 000 leones, le "Gallon" d'essence (soit l'équivalant de 3 litres) se vend à 14.800 leones (environ 3,5 dollars)... Peu de chance dans ces conditions d'éveiller les consciences à l'urgence de protéger la nature.
Certes, le gouvernement est salué pour les améliorations concrètes apportées ça et la à la vie quotidienne de ses citoyens. Réseau de téléphonie mobile performant, aduction d'eau, électrification... Mais le pays manque tellement de tout.
Ainsi, depuis l'an dernier, les rues de l'ouest de la capitale bénéficient d'un éclairage nocturne. Cette belle avancée donne, en creux, une idée du temps que devront sans doute attendre les habitants du village de Mayosso perdu au cœur de la savane pour percevoir les premiers signes tangibles d'une quelconque amélioration de leur situation. Si tant est que celle-ci les atteigne un jour. Les fins connaisseurs de la réalité sierra leonaise considèrent que le problème central reste avant tout la corruption.
A la différence du Libéria, qui a connu un processus de nettoyage de ses élites corrompues au sortir de la guerre, la Sierra Leone n'a pas connu une telle remise à zéro des compteurs: des "projets-pilotes" remarquables, comem celui mené dans la forêt de Gola en supportent, dit-on, les viscissitudes au quotidien. Si l'idée, clairement affichée, est de décliner la formule du "Gola Forest Project" (http://www.golarainforest.org/) (y compris dans son volet éco-touristique) à d'autres zones protégées du pays représente à tous égards un fabuleux espoir, il se pourrait aussi que les bailleurs de fonds se lassent des prébandes et décident, comme ils l'ont fait ailleurs, de mettre la clé sous la porte...


BFo