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Arrivé sur place au cœur de la nuit, on ne se rend pas bien compte. Mais le lendemain matin confirme directement les premiers pressentiments. Ce lieu perdu au bout du monde n'a plus reçu un visiteur depuis belle lurette. Pas d'eau, si ce n'est dans la rivière à crocos, en contrebas de nos vielles huttes individuelles. L'unique douche du site est hors d'usage. Il n'y a plus d'huile pour les lampes... Comme ailleurs dans le pays, les traces de la guerre sont encore bien visibles: une vieille maison de briques incendiée, un coffre fort éventré... Le personnel local n'est plus vraiment payé, nous dit-on.
Avec un bon 3/4 d'heure de retard, nous partons le premier matin vers le lac Idris, situé à 1h30 de pirogue du campement et présente comme "lieu important d'hivernage d'espèces aquatiques originaires du Paléarctique". Le long trajet en pirogue vers ce site attendu nous permettra d'entendre le grondement d'un Eléphant d'Afrique (Loxodonta africana) nerveux caché derrière l'épaisse végétation du bord de l'eau et de frôler - non sans un léger stress - un groupe de 8 Hippopotames (Hippopotamus amphibius) visiblement agités par notre présence. Pas de sentier, pas de piste en ces lieux.
On approche le "Lac Idris" par les trouées effectuées par le passage des éléphants. Fin connaisseur, notre guide local passe de trace en trace, précisant presque à l'heure près le dernier passage du dernier pachyderme. Là aussi, perdus à pied dans la haute végétation, on n'a pas toujours le sentiment d'être totalement rassuré.
Mais voici enfin le lac... qui se révèle finalement n'être plus qu'une vaste étendue humide couverte de hautes herbes. Rien à voir en ce lieu, à part quelques jacanas. Grosse déception. Seul bemol: le retour révèle une femelle de Grébifoulque d'Afrique (Podica senegalensis) et son petit. Après les heures (particulièrement) chaudes nous décidons de nous concentrer sur le sentier menant vers le "compound" et la petite vallée humide située en contrebas.
Enfin, une bonne surprise: les oiseaux sont partout. Malgré un passage appuyé dans la "savannah belt" de la région de Bumbuna, une simple heure à Outamba confirme largement l'utilité de notre présence en ce lieu. Une bonne partie des spécialités de Bumbuna s'y retrouvent en effet dans une magnifique savane boisée. Et le Choucador iris (Lamprotornis iris), le Pic barré (Campethera maculosa), le Gonolek de Turati (Laniarius turatii), le Calao à casque jaune (Ceratogymna elata) et le Sénégali à ventre noir (Euschistospiza dybowskii) ne sont que quelques-unes des belles espèces du site, avec également le Mésange galonnée (Parus guineensis), le Grimpereau tacheté (Salpornis spilonotus), le Guêpier à queue d'aronde (Merops hirundineus), le Bulbul à queue rousse (Phyllastrephus scandens) et le Bulbul à gorge claire (Chlorocichla flavicollis)... Les cartes de répartition des guides prouveront une fois de plus leurs limites avec l'observation notamment du Faucon ardoisé (Falco ardosiaceus), du Traquet à front blanc (Pentholaea albifrons) ou de l'Eurylaime du Cap (Smithornis capensis).
Petite cerise sur le gâteau : une ballade vers la colline situe l'autre côté de la rivière nous offrira l'excellente observation d'une vraie belle "crasse" :le Coucou d'Audebert (Pachycoccyx audeberti)!
A la lecture du Bradt Travel Guide sur la Sierra Leone, le parc national d'Outamba-Kilimi, au nord-ouest du pays (voir sa situation sur notre carte) semble d'approche facile. La chose étant confirmée par notre accompagnateur, la décision est prise: Outamba-Kilimi sera le dernier site prospecté pendant ce voyage. Seulement voilà, il y a facile et facile. Et l'on est vite rappelé au simple fait que la Sierra Leone reste la Sierra Leone. Déjà les quatre heures de pistes qui mènent au ferry, situé au delà de Kamakuyie, ont valeur de belle mise en bouche.
Les choses se précisent lorsqu'on apprend que le ferry a rendu l'âme y il a un mois. La logistique prend alors un virage particulier. A Kamakuyie, on n'a plus d'autre choix que d'abandonner le van et de louer les services de taxis-motos. On y harnache les sacs a dos, la nourriture et l'eau - les locaux peuvent éventuellement préparer l'un ou l'autre repas basiques (riz et poisson-chat pêché dans la rivière d'à-coté).
De là, on est parti pour pas loin de deux heures de montagnes russes sur une mauvaise piste poussièreuse. La chevauchée est assortie d'une belle parenthèse au milieu de nulle part: la traversée de la rivière. les flotteurs du défunt "ferry" gisent effectivement de part et d'autre du chemin. Une grande pirogue est sensée transborder les trois motos, le matériel et tout le monde d'un côté à l'autre d'une belle rivière à crocos... Le tout de nuit. On nous dit de rester bien debouts et immobiles au centre de la pirogue surchargée.
L'ambiance se détend quelque peu par le passage inopiné de notre premier Bihoreau gris (Nycticorax nycticorax) et d'un magnifique mâle d'Engoulevent à balanciers (Macrodipteryx longipennis) ...
La visite des Tingi Hills, au nord-est de la Sierra Leone (voir leur situation sur notre carte) était programmée depuis longtemps. On s'attendait à ce que ce soit difficile. Et toutes les questions utiles à cet égard ont été posées à temps. Notre accompagnateur étant originaire du lieu, nous partions quelque peu rassurés. S'il proposait lui-même de prospecter la zone, avec notre van Volkswagen à deux roues motrices, c'est que la partie lui semblait jouable.
Force est de constater que si la Sierra Leone est effectivement prospectable à 85% avec un simple véhicule comme le nôtre, les zones montagneuses du nord sont clairement à ranger dans les 15 derniers %. Après une nuit dans la ville minière de Koidu et malgré une approche de plusieurs heures, il nous a finalement fallu rebrousser chemin. Au risque sinon de casser définitivement notre pauvre bagnole, déjà affaiblie par un problème de filtre à air.
Plus que jamais, les Tingi Hills représente une cible pour certaines espèces endémiques et spécialités inféodées aux zones forestières d'altitude, notamment le Bulbul de Baumann (Phyllastrephus baumanni) et la Prinia du Sierra Leone (Prinia leontica). Mais à ce jour, il n'y a pas de site d'observation vraiment fiable pour ces deux espèces. Ainsi que le confirme AlHaji Siaka, la zone requiert une vraie prospection approfondie et, du fait de sa localisation géographique clé, elle ne devrait pas manquer de révéler quelques belles surprises.
En ce qui nous concerne, pas le choix: il nous faut prospecter un autre site jouable. Tant pis pour ces quelques espèces de l'Est, tant convoitées. Robert n'ayant pas eu l'occasion de tâter de la vraie savane, nous nous sommes accordés sur le parc national d Outamba-Kilimi, au nord-ouest du pays.
BFo.
Bonjour,nos deux voyageurs continuent leur périple, mais il leur est très difficile depuis quelques jours de poster des messages sur le blog... Toutefois ils sont en train de rassembler des informations et des photos dont ils nous feront sûrement profiter dès que possible :-)CordialementDavid Bismuth